Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Une infirmière ordinaire

Une infirmière ordinaire

Menu
Une trop longue attente.

Une trop longue attente.

Les minutes sont longues, je commence à lutter pour garder les yeux ouverts et ne pas m'endormir. La journée a démarré tôt et les heures se sont déroulées, laborieuses à souhait.
De ce type de journées je garde toujours une amertume, celle du temps qui file entre les doigts et que l'on passe loin de ceux qu'on aime.
Il fait froid, tout est gelé et mes mains en se posant sur le volant glacé de la voiture m'aident à me réveiller un peu dans un sursaut de surprise. Arrivée à destination, je traverse un petit jardin et l'herbe craque sous mes pieds, tout doucement. Le ciel rempli d'étoiles me permet d'avancer sans lumière artificielle et trouver facilement la porte d'entrée.
Je ne sonne pas, je frappe, à cette heure-ci c'est psychologique même s'il n'y a personne à réveiller, je fais le moins de bruit possible.
Je suis attendue, la porte s'ouvre quasi instantanément.
Je viens pour une injection, il y a une heure précise à respecter, en tout début de nuit.
Plusieurs fois par an je retrouve ce soin au décours d'une journée de travail, ce soin si particulier.
La tension est souvent palpable, la fatigue, l'appréhension de ce qui va se jouer après et puis l'espoir qui est toujours retenu, mesuré parce-qu'il ne porte pas moins que la responsabilité d'une vie, enfin plus précisément trois vies en lui, parfois plus. Dans ces moments, même si c'est moi qui pique et presse sur le piston de la seringue qui injecte, je ne suis que témoin. Le témoin d'un véritable combat, celui que mènent de front et souvent sans bruit des milliers de femmes, de couples, celui de pouvoir donner la vie.
On ne sait pas grand chose de cette bataille quand on ne l'a pas vécu sois-même alors en général je me tais. Ce silence vient comme une marque de respect, pour ne pas laisser échapper de mots maladroits, inutiles.
Néanmoins, j'apprends. Quand la parole se libère. J'apprends en plus de la contrainte des injections et des examens la lourdeur physique et psychologique des traitements qui modifient l'humeur, le poids, qui donnent des douleurs parfois intenses. J'apprends le temps qui devient long, le sentiment de solitude, d'incompréhension de l'entourage, l'isolement. J'apprends le courage incroyable de ces couples et plus particulièrement de ces femmes que l'on suit.
La porte se referme derrière moi.
Je lève les yeux, cette fois-ci je prends le temps de contempler le ciel d'hiver d'un noir bleuté éclairé par la lune. Je rentre me mettre au chaud avec l'espoir de croiser dans quelques mois, au décours d'une rue, un ventre rond sous un visage familier.

A toutes celles qui se battent corps et âme pour pouvoir un jour devenir maman...

Une trop longue attente.